IPRPS - Interface Pratique et Recherche en Psychologie de la Santé
18-03-10
Pour une véritable collaboration cliniciens-chercheurs en psychologie de la santé
Nouveautés

PUBLICATIONS - ARTICLES

Cette rubrique a pour but de vous faire découvrir quelques ouvrages de référence en psychologie de la santé. Ils sont de publication récente. Chaque article est brièvement présenté et fait l'objet d'une appréciation globale (une à cinq étoiles). Vous trouvez par ailleurs un fiche détaillée qui en reprend le contenu. Elle se présente sous la forme d'une note de lecture.

Voici la structure de format souhaitée pour la transmission de votre information:

Adresse de contact : Jean-Marc Priels

Ce que l'entretien motivationnel n'est pas : dix pistes de réflexion

Auteur(s) : W.R. Miller
Année : 2008
Revue : Alcoologie et addictologie, Vol. 30(4), 418-421.
Etoiles : 5

L'esprit ... au delà de la technicité apparente. Cet article reprend l'intervention que W.R. Miller a faite lors de la 1ère Conférence internationale sur l'entretien motivationnel qui s'est tenue à Interlaken en Suisse du 9 au 11 juin 2008. Depuis 1982/1983, date des premières publications de W.R. Miller, depuis 1991, date de publication du livre de W.R. Miller et S. Rollnick, l'entretien motivationnel a fait du chemin. Beaucoup de praticiens se le sont malencontreusement approprié en tant que technique. De nombreuses applications pratiques en ont été illustrées et la recherche a documenté son efficacité. L'article précise l'esprit dans lequel cette méthode clinique a, depuis son début, été pensée par W.R. Miller qui opère ici une mise au point bien utile. L'entretien motivationnel n'est pas basé sur le modèle transthéorique de J. Prochaska et C. DiClemente. L'entretien motivationnel n'est pas un truc en soi : il valorise la personne et le choix du changement de comportement. Il n'est pas une technique ni une procédure : il correpond à un esprit et s'apparente à une méthode clinique ou à un style. L'entretien motivationnel n'est pas une balance décisionnelle ni un mode de compte-rendu d'évaluation (feed-back). Il n'est pas non plus, écrit W.R. Miller, une forme de thérapie cognitivo-comportementale : il fait partie des psychothérapies humanistes directives. Originellement inspiré des travaux de Carl Rogers, il est une méthode de conseil et une approche centrée sur le client, néanmoins systématiquement dirigée vers un but. Enfin, au delà de toute simplicité, l'entretien motivationnel n'est pas ce que l'on est déjà occupé à faire. Il n'est pas non plus une panacée, ne suffit pas et se combine le plus souvent avec d'autres méthodes.

Consommations d'alcool chez les étudiants. Résultats préliminaires d'une enquête

Auteur(s) : Simmat-Durand, L.
Année : 2008
Revue : Alcoologie et Addictologie, Vol. 30(2), 165-172.
Etoiles : 4

Le titre et les mots-cléfs sont bien ciblés : alcool - étudiants - Binge drinking. Cet article présente les résultats d'une enquête effectuée par auto-questionnaire auprès de 875 étudiants de première ou de seconde année universitaire en médecine, droit, pharmacie, psychologie et sociologie, à Paris. L'auteur, maître de conférence au CNRS, examine diverses choses : les modalités de consommation, la typologie des buveurs (abstinents, petits buveurs, buveurs modérés, gros buveurs), les types de sorties et d'occasions (sorties ivresses, dîners en boîtes, pots eu resto, sorties au café, sorties entre amis, sorties culturelles), présence simutanée alcool et autres substances psychoactives, alcool au volant ainsi que le phénomène de Binge drinking. Il démontre la nécessité d'une prévention visant les jeunes. Son mérite est de bien documenter le phénomène et de l'illustrer de façon simple et lisible. JMP

Les activités quotidiennes et la cognition chez les personnes schizophènes

Auteur(s) : Aubin, G., Gélinas, I., Stip, E., Chapparo, C., Rainville, C.
Année : 2007
Revue : Santé mentale au Québec, Vol. XXXII(2), 201-208.
Etoiles : 3

Recherche scientifique et écologie du travail des soignants se rencontrent parfaitement dans cet un article qui illustre le fait que les données issues de la recherche peuvent très concrètement éclairer la pratique de terrain. L'article a le mérite d'être écrit dans un langage clair et accessible. Les auteurs s'intéressent au fonctionnement social et occupationnnel des personnes schizophrènes, notamment à leur capacité d'accomplir des activités de la vie quotidienne. Ils se penchent sur l'impact des déficits cognitifs (par ex. l'attention soutenue, la mémoire verbale, la mémoire de travail, l'utilisation de stratégies spatiales, les fonctions exécutives, les habiletés de plannification, la flexibilité cognitive, ... ) lors de l'excution de tâches quotidienne (capacité de faire des emplettes, préparation de recettes simples pour un repas, ...). Il en ressort que la description qualitative des comportements problématiques observés lors de telles activités de la vie quotidienne est utile. Une analyse procédurale de la tâche permet d'affiner l'identification des problèmes via l'observation et le traitement des informations décrivant les habiletés cognitives requises . Dans un second temps, cette analyse de la performance permet de plannifier des interventions réparatrices spécifiques. Les habiletés fonctionnelles sont envisagées en tant que prédicteur de bon fonctionnement dans la société.
JMP

Alcoolisme, boire contrôlé et abstinence. Fondements scientifiques et enjeux sociaux.

Auteur(s) : Suissa, J. A.
Année : 1998
Revue : Psychotropes, Vol. 4(3)
Etoiles : 4

La notion de perte de contrôle, vision déterministe, est à la base du discours sur la maladie alcoolique. Est-il permis de poser un autre regard sur le problème sans sortir d'une définition positiviste de la maladie ? Voici un article qui apporte un éclairage intéressant dans ce débat déjà ancien quant à savoir si l'alcoolisme est à considérer comme une maladie et si l'abstinence en est la seule issue possible à proposer. C'est une revue de l'abondante littérature qui existe sur la question et une analyse critique des questions posées qui constituent la méthodologie de l'auteur. N'éludant pas des questions épistémologiques relatives à la construction du sens commun que nous nous faisons de la santé, l'article pose plus largement la question de la médicalisation des problème sociaux. Pour ce qui concerne la problématique alcoolique, l'auteur questionne l'establishment médical ainsi que les enjeux économiques et le modèle de l'identification abstinente notamment proposée par les AA. Cet article se penche également sur des recherches qui démontrent que le boire contrôlé ou la consommation modérée peuvent être, sous certaines conditions, un objectif réaliste. Il a le grand mérite de documenter en français une controverse incontournable. L'avis que l'on s'en fera déterminera les options du traitement thérapeutique qui en découle.

No health without mental health

Auteur(s) : Prince, M., Patel, V., Maj, M., Phillips, M.R., Rahman, A.
Année : 2007
Revue : The Lancet, Vol. 370(8), 859-877.
Etoiles : 5

La santé c'est aussi la santé mentale. Impossible de les séparer : santé et santé mentale sont deux revers insécables d'une même médaille. Cet article est le premier d'une série intitulée Global Mental Health qui est publiée dans The Lancet. Au total ce seront six articles qui constitueront un dossier complet sur la question. Le titre de l'article fait référence au slogan de l'OMS qui a par ailleurs été adopté dans le programme d'autres organisations de par le monde : Pan American Health Organisation, Conseil des Ministres de l'Europe, UK Royal College of the Psychiatrists. Dans cet article, les mécanismes d'interaction entre les troubles mentaux et les autres aspects de la santé sont abordés, commentés et illustrés, chiffres à l'appui. On estime que 14 % du poids des maladies peut être attribué aux troubles neuropsychiatriques et peut être mis en relation avec les aspects chroniquement déstabilisateurs de la dépression, des troubles liés à l'usage de l'alcool ou d'autres substances, des démences ou des psychoses (schizophrénie, bipolarité, ...). L'impact de la santé mentale sur la santé publique est considérable. Les auteurs rappellent que les troubles mentaux sont, à hauteur de 31,7%, à l'origine de processus chroniques de handicap et de dépendance. Ils insistent sur le fait qu'il est probable que le risque et le taux de mortalité avec lequel ils sont liés est sous-estimé. Ces troubles sont par ailleurs en lien avec de nombreux symptômes somatiques non explicables d'un point de vue médical tout comme ils masquent l'expression de nombreuses problématiques médicales réelles. L'article aborde divers domaines : maladies cardio-vasculaires, diabète, sida, tuberculose, malaria, relations familiales et sexualité, maternité et santé de l'enfant, etc. En conclusion , les auteurs reviennent sur la nécessité d'évaluer de facon scientifique et de mieux prendre en compte les facteurs psychosociaux liés aux troubles mentaux, ceci pour en intégrer les enseignements evidence-based dans l'élaboration des politiques de santé, dans la mise en place des tableaux de bord qui pilotent les systèmes de santé et qui en planifient les modalités de délivrance. L'adjonction de programmes d'intervention psychosociale et psychologique en faveur de la santé mentale est une nécessité à prendre en compte lorsqu'il est question d'évaluation de la qualité, de l'efficacité et des coûts en santé publique. voir www.thelancet.com.

Implementation intentions and goal achievement : a meta-analysis of effects and processes

Auteur(s) : GOLLWITZER, P.M. & SHEERAN, P.
Année : 2006
Revue : Advances in Experimental Social Psychology, (38), 69 -119.
Etoiles : 4

L’objectif scientifique de l’article est de chercher à quantifier l’impact de la formation d’implementation comportementale sur l’atteinte de buts en recourant à des techniques de méta analyse : autrement dit, comment peut faire une personne si elle veut changer un comportement ou l’optimaliser ?. ^p^p La méta analyse porte sur 94 études impliquant 8000 personnes. Les résultats montrent essentiellement que le plan d’action « si – alors » facilite l’adoption du comportement par rapport à la simple production plus cognitive d’une intention de but. Une intention de but réfère ce à quoi une personne s’attend à arriver à faire tandis qu’une intention d’implementation spécifie quand, où et comment la personne projette de s’y prendre pour y arriver.^p^p Dans cet article, outre la rigueur de la méta analyse, le clinicien trouvera les différents problèmes qui entravant l’atteinte du but par le sujet mais aussi comment les intentions d’implementation peuvent aider à obtenir le changement comportemental désiré. Citons dans les problèmes rencontrés : oublier de commencer, s’écarter de son but, ne pas mettre fin à des comportements inadéquats, s’engager au-dessus de ses moyens. Les auteurs insistent également sur trois processus automatiques d’implementation : immédiateté, efficience et conscience.^p^p Les auteurs évoquent aussi d’autres variables pertinentes dans l’analyse de l’implementation : la chronicité des comportements, le motivation au changement et le poids des croyances. Enfin le clinicien trouvera en appendix une série de questions à se poser pour surmonter les problèmes d’implementation.

Douleur chronique, traumatisme crânien léger et déficits cognitifs.

Auteur(s) : Grisart, J.
Année : 2004
Revue : In T. Meulemans, Ph. Azouvi, F. Coyette, & G. Aubin. Neuropsychologie des traumatismes crâniens. Marseille : Edition Solal, , 115-141.
Etoiles : 3

Ce chapitre propose des points de repères pour comprendre la nature des troubles cognitifs en cas de co-existence de douleur chronique et de trauma crânien léger. Après une estimation de la fréquence de l'association douleur chronique et traumatisme crânien léger, ce chapitre décrit brièvement les entités cliniques douloureuses consécutives à un traumatisme crânien léger. La possibilité que la douleur puisse être un facteur confondant dans l'interprétation des plaintes cognitives chez certains traumatisés crâniens légers est soulevée. Ensuite, les études explorant les troubles cognitifs chez les patients souffrant de douleurs chroniques font l'objet de commentaires critiques. Il est important de poser des hypothèses pour l'interprétation des problèmes cognitifs chez les patients douloureux chroniques, ce qui passera par une description plus précise de la douleur. Indispensable pour appréhender la nature de ces troubles est la représentation qui insiste sur la douleur en tant que construction perceptive et mobilisant l'individu dans l'organisation de réponses à cette douleur. Plusieurs études explorant la nature de troubles cognitifs chez les patients douloureux chroniques sont présentées et conduisent à des propositions sur les mécanismes pouvant rendre compte des problèmes cognitifs chez les patients douloureux chroniques. Ces observations sont intégrées dans une discussion générale sur la manière d'aborder les plaintes cognitives chez les patients ayant des douleurs chroniques et des antécédents de traumatisme crânien léger tant dans le volet évaluatif que thérapeutique.

Dimensions de personnalité et tabagisme

Auteur(s) : Carton, S
Année : 2005
Revue : Alcoologie et Addictologie, Vol. 27(2), 107-112.
Etoiles : 3

Voici un article simple et facile d'accès. Il fait le point de la situation tout en fournissant des clés utiles pour comprendre la problématique du tabagisme de l'adolescent et de l'adulte. Dans une revue de la littérature, l'auteur se penche sur quelques dimensions de personnalité sous-tendues par la mise en oeuvre de mécanismes de régulation émotionnelle particuliers et par une recherche d'activation physiologique et subjective. Ces dimensions psychologiques sont étudiées comme des facteurs de risque de l'initiation, du maintien, du développement de la dépendance et de la difficulté d'arrêter l'usage du tabac. L'article fait le point sur des études transversales et longitudinales basées sur le modèle de personnalité de Eysenk (extraversion et neuroticisme), sur le modèle de recherche de sensations de Zuckerman et sur le modèle de recherche de nouveauté de Cloninger. L'auteur rappelle que la recherche de sensations est une dimension impliquée dans plusieurs addictions avec ou sans substance psychoactive (sport à risque, troubles alimentaires, etc.). Ce modèle prédit chez les jeunes le risque d'usage de plusieurs substances psychoactives. En effet, selon certaines études, une dimension de recherche de désinhibition multiplie par trois le risque de consommer des cigarettes et de la marijuana (alors que la dimension de recherche du danger et d'aventures ne joue ici pas de rôle). Chez le jeune fumeur de tabac, la dimension de recherche de sensations est un facteur de vulnérabilité en lien avec une plus grande sensibilité initiale aux effets subjectifs de la nicotine et avec une minimisation du risque de mortalité du tabac pour la santé. Alors que la facette impulsive de la recherche de sensations est habituellement liée à diverses addictions (tabagisme, conduite automobile, usage d'alcool et de drogues, sexualité et jeu), il convient cependant de noter que c'est le versant impulsif / non-impulsif qui différentie fumeurs / non-fumeurs. Il en va également de la difficulté d'arrêt de consommation. La dimension de recherche de sensations serait liée au développement plus aisé de symptômes émotionnellement déficitaires au cours du sevrage (émoussement affectif, asthénie, perte d'énergie, etc.). Par ailleurs, alors que classiquement la dimension d'extraversion était corrélée au tabagisme, les études récentes démontrent de moins en moins ce résultat. Les résultats de la recherche sont influencés par des facteurs sociologiques et les modes de consommation changent. Actuellement c'est la dimension de neuroticisme désignant une vulnérabilité plus grande à vivre des affects négatifs et anxieux qui le plus corrélée dans les recherches. Contenant aussi une composante dépressive, elle est entrevue comme un prédicteur de la rechute. Enfin, l'article fait état du fait que la probabilité de devenir fumeur peut être fonction de l'aptitude à rechercher la nouveauté tandis qu'une dimension d'évitement de la souffrance aurait une part plus grande une fois la dépendance installée. Recherche de sensations et recherche de nouveauté interviennent comme facteurs de vulnérabilité dans les processus d'initiation et de maintien de consommation des substances psychoactives. La dimension de recherche de nouveauté interviendrait plus particulièrement dans l'initiation et le maintien d'une conduite tabagique. La présence de cette dimension est à entrevoir comme un facteur de risque. La dimension d'évitement de la souffrance et le neuroticisme seraient quant à elles plus liées au maintien et à la dépendance tabagique.

Construction et validation d'un questionnaire de comportements tabagiques (QCT-2)

Auteur(s) : Gilliard, J., Bruchon-Schweitzer, M., Cousson-Gelie, F
Année : 2000
Revue : Psychologie et Psychométrie, Vol. 21(4), 77-93.
Etoiles : 3

L'usage du tabac est une problématique qui renvoie tant à des choix personnels qu'à des préoccupations de santé publique. La difficulté de modifier le comportement tabagique provient de la complexité des facteurs impliqués pharmacologiques, psychologiques d'ordre émotionnel et comportemental, sociologiques, etc. Cet article s'intéresse à mieux connaître le profil psycho-social du fumeur et d'en explorer de façon assez exhaustive la variété des comportements et motivations. Il propose donc un questionnaire validé qui permet une approche différentielle de l'usage qu'une personne fait du tabac. L'analyse des résultats de ce questionnaire devrait ensuite permettre de personnaliser le conseil et l'accompagnement du sevrage tabagique. De multiples aspects de l'utilisation du tabac y sont abordés : dépendance (addiction, habitude, besoin absolu), recherche d'affects positifs (hédonisme, relaxation, détente, plaisir du geste et de la manipulation), régulation d'affects négatifs (réduction de la tension, efforts d'ajustement au stress et à la colère, l'anxiété la dépression), la recherche de stimulation (stratégies pour maintenir l'attention et la motivation), recherche d'intégration sociale (se faire accepte et s'affirmer). A la croisée des chemins de la recherche (équipe EA526 de psychologie de la santé de l'Université de Bordeaux) et de la pratique en psychologie de la santé, le QCT-2 est un outil intéressant pour le psychologue travaillant notamment en pneumologie dans le domaine de l'assuétude au tabac.

Coût et avantages économiques du suivi psychologique dans le domaine de la santé

Auteur(s) : Marie-Santiago Delefosse
Année : 2001
Revue : Pratiques psychologiques, Vol. 2, 87-102.
Etoiles : 5

Cet article s'attarde à la problématique du calcul coût/avantages des interventions psychologiques dans le domaine de la santé. Etudier le rôle de la psychologie dans l'accompagnement des soins exige de savoir quelle place elle peut occuper et à quel coût dans un système de santé de plus en plus préoccupé par l'économie. Les travaux à ce sujet ont vu le jour dans un contexte économique, politique et social bien particulier. Marie-Santiago Delefosse explore la question en référence au contexte français. Comme point de départ, l'auteur fait cependant principalement référence aux études canadiennes et anglo-saxones concernant le rapport coûts-bénéfices de la pratique psychologique. On en conviendra la question est de première importance pour la profession de psychologue. Ce travail a le mérite de faire le tour de la question en présentant de façon claire le cadre de référence et les résultats de la recherche dans le domaine.

Expressed Emotions in Professional Relationships

Auteur(s) : Van Audenhove, Ch., Van Humbeeck, G.
Année : 2003
Revue : Current Opinion in Psychiatry, Vol. 16, 431-435.
Etoiles : 3

Au croisement de la recherche et de la clinique, la notion d'émotion exprimée (EE) est née de travaux relatifs aux aspects émotionnels du discours. Elle repose une mesure de la sur-implication émotionelle au sein des familles. Elle est ensuite devenue une mesure du climat familial établie dans l'analyse du discours d'un proche d'un patient schizophène. Cette mesure est traditionnellement effectuée au moyen d'un questionnaire semi-structuré. Ainsi, selon le Camberwell Family Interview, la mesure de l'émotion exprimée (EE) entre un proche et un patient repose sur quatre dimensions : commentaires critiques, hostilité, surimplication émotionnelle, chaleur. Les applications relatives à cette notion ont beaucoup évolué. Cet article en est la meilleur preuve.

Les conclusions de la recherche indiquent généralement qu'une EE trop intense peut être conçue comme prédicteur de rechute chez le patient schizophrène. L'article que voici apporte des nuances à cette affirmation : Whereas some researchers report significant positive associations between EE and symptoms, others researchers did not confirm this relationship. There is more agreement about the positive relationship between high EE and a poorer level of functionning".

La recherche sur les EE ont récemment été étendues aux relations moins formelles que celles rencontrées au sein des familles ayant un membre schizophrène. Ces recherches indiquent que, dans leur cadre professionnel, les soignants expriment parfois de haut niveaux d'EE mesurables dans leurs discours et leurs attitudes envers le patient. S'appuyant sur une large revue de la littérature, les auteurs proposent une bonne synthèse de la question et invitent le praticien à réfléchir son attitude dans le travail quotidien :

- "Low EE professionals can control their own feelings, are warm and capable of motivating their clients and have a good balance between over- and understimulation of clients. They can establish clear boundaries, understand clients' difficulties and motivate them to be as inependent as possible"
- Although professional caregivers and relatives both express a comparable amount of criticism and hostility, the first group is significantly less emotionally overinvolved than family members"
- " (...) low EE professionals were more open than high EE professionals; openness was mesured by a Big Five Queqtionnaire. An open professional is flexible and curious towards new situations and does not conform with existing rules. Therefore,as in family research, openness might be a very important characteristic of a low EE climate"
- Reasearch findings, however, do not imply that professionals caregivers may never show any criticism or hostlity towards clients. (...). In order to ensure that this criticisim can be constructive for clients, the professionals caregivers will have to find the right dose and expression forms and the right time to express it.

Au départ de la recherche sur le EE, le mérite de cet article est donc d'apporter une réflexion utile pour le praticien dans le travail pluridisciplinaire. Dégageant des pistes pour l'avenir du construct, il relève qu'il serait aussi intéressant de considérer l'EE comme une caractéristique d'équipe et non pas seulement comme une caractéristique de la dyade professionnel-patient.

JMP

Pourquoi les campagnes de traitement des addictions sont-elles si peu efficaces?

Auteur(s) : James O. Prochaska (Université de Rhode Island, USA)
Année : 2005
Revue : Current Directions in Psychological Science, Vol. 13(6), 242-246.
Etoiles : 4

Presque toutes les campagnes visant à l'arrêt de la consommation tabagique nous montrent des résultats souvent décevants, malgré parfois des sommes d'argent considérables investies. Une explication à ce triste constat réside dans le manque d'adéquation entre le message des professionnels de la santé et les motivations des personnes à atteindre. Ainsi, aux USA, 40% des fumeurs n'ont aucune intention d'arrêter de fumer dans les 6 prochains mois, 40 % seraient prêts à arrêter mais en tout cas pas durant le mois suivant. Ne reste donc que 20% d'entre eux prêts à arrêter immédiatement. Pire, En Allemagne, seuls 5% des fumeurs sont prêts à arrêter immédiatement. Or, pratiquement toutes les campagnes sont ciblées sur les fumeurs de la dernière catégorie. Aussi efficaces soient-elles, ces campagnes loupent, dès le départ, 80% des fumeurs ! Prochaska nous invite utilement à mettre en balance efficacité d'une technique et niveau d'impact. Une thérapie qui affiche 30% d'efficacité mais pour laquelle seulement 5% de la population participe aura un impact de 1.5%, tandis qu'une technique qui n'affiche que 20% d'efficacité mais qui touche 75% de la population aura un impact de 15%. Et voilà une conclusion trop souvent oubliée : une efficacité plus élevée ne se traduit pas nécessairement par un impact plus important. Il faut donc réfléchir au dilemme suivant : Vaut-il mieux améliorer l'efficacité d'une technique à tout prix si de toute façon elle ne touche qu'un nombre très réduit de personnes ?

Face à ces campagnes à cible unique, Prochaska insiste sur le repérage du niveau de motivation de chaque personne : à quel stade se situe-il ? Il propose un processus par étape qui démarre à un niveau passif dit de « pré-contemplation » pour s'achever par une étape de maintien des nouveaux comportements acquis, en passant par le stade de l'action proprement dite. Arguments à l'appui, il montre comment chaque stade doit s'accompagner de programmes d'interventions spécifiques. Il observe que des programmes individualisés et interactifs affichent les niveaux de réussite les plus élevés, notamment en termes de temps d'abstinence maintenu. Un aspect important du traitement comprend aussi le travail réalisé à la maison. Même durant une hospitalisation, un patient passe moins de 1% de son temps dans un programme thérapeutique. Que dire alors quand elle rentre chez elle ? Il faut donc prévoir des exercices réguliers à la maison pour éviter la rechute de l'assuétude.

C'est là que les nouvelles technologies interviennent ! Des programmes interactifs sur ordinateur sont en effet proposés afin de faciliter le passage d'une étape à l'autre dans les stades présentés ci-dessus. Par exemple, un programme pose 40 questions à un fumeur. Sur base des réponses fournies, un feedback personnalisé est donné, adapté au stade motivationnel de la personne. Le fumeur apprend où il peut se situer par rapport à d'autres fumeurs qui ont atteint le même stade. Les résultats parlent d'eux-mêmes, comparé à un programme standard et non-différencié offert par l'association américaine de pneumologie, le programme par ordinateur, assisté d'un manuel donne un niveau d'abstinence tabagique de 24% contre 12% à peine avec le programme traditionnel.

Prochaska termine son article par un autre constat qui fait réfléchir. Les essais cliniques à l'heure actuelle s'offent le luxe de n'examiner qu'une seule problématique par patient. Mais que représentent réellement ces patients qui sont uniquement consommateurs de cigarette si on exclut de l'échantillon tout problème de santé mentale associé ? Surtout si on sait que 45% des fumeurs aux USA ont également en parallèle un problème de santé mentale. Près de la moitié des fumeurs sont donc exclus dès le départ des tests d'efficacité thérapeutique ! Pourtant rien qu'en termes économiques, ce sont ces 45% sur lesquels on devrait agir en priorité quand on sait qu'une personne qui guérit de deux facteurs de risque (comme le tabagisme et la dépression) réduit ses coûts de santé de près de 2000 Euros.

(Olivier Luminet)

Conditions Facilitating Knowledge Exchange Between Rehabilitation and Research Teams: A study.

Auteur(s) : Mercier, C., Bordeleau, M., Caron, J., Garcia, Amaparo, Latimer, E.
Année : 2004
Revue : Psychiatric Rehabilitation Journal, Vol. 28(1), 55-62.
Etoiles : 4

L’article décrit une expérience d’échange d’information entre des praticiens et des chercheurs et documente de façon systématique les conditions facilitatrices du succès d’une telle collaboration.
Le constat de départ est qu’une grande partie des connaissances générées par la science ne sont pas facilement transférables vers la pratique clinique ou ne sont pas transposables en directives utilisables pour des prises de décisions relavant du terrain. L’article repose sur une expérience dans laquelle la transmission des informations scientifiques par des chercheurs en direction des praticiens de la réhabilitation psychiatrique a été systématiquement observée. L’expérience concerne une étude de la qualité de vie des patients dans laquelle l’outil de recherche (Wisconsin Quality Life Index) a été choisi pour sa capacité de transfert des résultats à la pratique. Le mérite de la publication est de préciser les facteurs garantissant le succès de la collaboration entre scientifiques et praticiens. Ces facteurs relèvent de l’organisation (structural bonds betweeen researchers and clinicians – allocation of time and importance givent toresaerch – presence of leaders involved in the project – possibility of applying results to practice). Ils relèvent aussi des praticiens eux-mêmes (basic training and scientific knowledge – interest in research – specific training in use of research information – perception of clinical workload – perception of relevance of research – comprehension of results). Ils relèvent également de facteurs liés aux chercheurs (knowledge of clinical work – availability for clinician – communication skills). L’article examine ensuite les nombreux facteurs liés à la communication entre praticiens et chercheurs et se penche enfin sur des éléments de technologie quant au feed-back des résultats. Voilà donc un article que l’on en saurait que recommander aux personnes intéressées par la convergence existant entre recherche et action de terrain. L’article est lui même le témoignage de ce qu’il veut promouvoir. Les praticiens s’y retrouveront leur préoccupations autant que les chercheurs.

Contact: Céline Mercier, PhD, Lisette-Dupras and West Montréal Rehabilitaion Centers, 8000 Notre-Dame West, Lachine, Quebec, Canada H8R 1H2. Mail : cmercier.cdrl@ssss.gouv.qc.ca
(Jmp)

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